Textile Vosgien
Il file, le textile...

Fascination pour le textile...En 1805, un ingénieur anglais, John Heywood introduit à Senones l'industrie cotonnière en ouvrant la première filature mécanique des Vosges.

Durant tout le XIXe siècle, la Manufacture Saint-Maurice ne cesse de développer ses activités.

Une deuxième filature est installée dans le château des Princes.

En 1861, il en existe trois, employant plus de 300 personnes.

Dans le même temps, d'autres usines (Moyenmoutier, Moussey, Géroville, Petite-Raon) sont ouvertes dans la vallée du Rabodeau.

Cette extension industrielle entraîne un important accroissement de la ville de Senones.

La guerre de 1914-1918 frappe durement l'économie de la cité. Les usines sont détruites, les machines emportées.

Après guerre, l'activité reprend lentement grâce aux indemnités payées par l'état et aux débouchés offerts par les colonies.

En 1920, Marcel Boussac rachète les usines "Manufactures de Senones" et entreprend rapidement des transformations.

En 1932, R. Laederich se porte acquéreur des établissements P.Larue qui prennent le nom de Société cotonnière de Senones.

En 1936, des grèves annoncent le Front Populaire.

Durant la guerre de 1939-1945, l'occupant oblige les usines à fournir une importante quantité de tissu. Le coton manque, on utilise des fibres artificielles.

Une deuxième période de modernisation suit l'immédiate après-guerre.

La filature de l'abbaye ferme en 1950. Elle est remplacée par un tissage.

A partir de 1951, nouvelle crise du textile, de nombreux établissements disparaissent comme Laederich, racheté par la Société Colroy.

Après le règlement judiciaire du groupe Boussac, le 13 juillet 1978, la reprise éphémère par les frères Willot se termine par un nouveau dépôt de bilan. Depuis cette date, le groupe Boussac Saint-Frères, dont fait partie le tissage de l'abbaye, est géré par un consortium de banques.

Quand le textile va...

Il faut se garder des idées dites reçues, voire assénées : en dépit de ses crises à répétitions, qui perdurent depuis la disparition de l'Empire colonial français, le textile vosgien se maintient la tête hors de l'eau.

Dans le secteur d'emploi, Remiremont-Gérardmer, il est le premier employeur, avec 50% des salariés vosgiens de cette industrie.

La branche cotonnière (filatures et tissages) est majoritaire et une entreprise textile sur deux de la zone est une PMI indépendante à capitaux d'origine locale.

Le coton mise sur la diversification et investit deux fois plus dans cette région qu'ailleurs en France.

C'est aussi le pays du linge de maison, qui partage ses ambitions entre la grande distribution et le (très) haut de gamme. Gérardmer en est le berceau réputé en France.

La bonneterie et l'ennoblissement en forte progression complètent le tableau, alors que l'habillement respire moins bien à cause de la concurrence étrangère.

Musée du textileLa saga du textile

A quoi ressemblait naguère le textile vosgien ? Le Musée du Textile des Vosges en donne la réponse à Ventron, un des pieds de son berceau. Ancien tissage dit du Grand Ventron, il a l'avantage de sa typicité.

En effet, construit en 1830 et fermé en 1955, il est caractéristique de l'implantation de ces usines à étages dans la montagne vosgienne, à une époque où la main d'oeuvre était davantage dispersée qu'aujourd'hui. Avec une densité de 92 habitants au km2, la montagne vosgienne demeure d'ailleurs la plus peuplée de France.

Paradoxalement, il n'existait pas, en dépit de l'importance nationale du bassin cotonnier vosgien, un lieu de conservation des moyens et techniques de cette industrie-reine, aussi impératrice que la sidérurgie nord-lorraine.

Ne parlait-on d'ailleurs pas des empires Laederich, Géliot ou Boussac ?

Née à la suite d'une exposition, l'idée de reconvertir un tissage témoin de son temps trouva son aboutissement en 1992.

Il fallait assurer la conservation d'un certain type de matériel et surtout de l'histoire du savoir-faire et des techniques pratiquées par des générations à domicile, puis à l'usine, complément de gagne-pain à la mauvaise saison.

L'objectif fut atteint grâce à de multiples concours locaux et régionaux. Il est poursuivi encore à titre pédagogique.

Connaissant toutes les "ficelles" de leur art, des retraités donnent de leur temps pour perpétuer l'enseignement acquis de leurs anciens par la démonstration de leur gestes véritablement "machinaux".

Sur quatre étages, comme les architectes de l'époque en avaient coutume, on va à la découverte de l'extraordinaire machinerie mise au point pour transtormer l'énergie hydraulique gratuite en énergie motrice par la vapeur, les énormes roues à volant, les ingénieux systèmes de transmission par courroies et pignons, etc...