Le long sommeil du village oublié

Photo de l'oeuvre retour

Vers le 15ème siècle, le village de Saint Germain fut peu à peu abandonné. Aucune tentative de réhabilitation ou de reconstruction ne fut entreprise. Et le temps détruisit ses murs, éparpillant ses pierres dans le forêt; de son apparence il ne reste rien. Adossé à un arbre, façonné avec ces pierres, s'étend un personnage qui nous semble endormi. Il est l'expression des esprits assoupis de ces lieux oubliés. Cet homme de pierre n'est pas la reproduction d'une des apparences du village. Il ne joue pas avec l'anecdote, qui le transformerait, inévitablement, en un objet réducteur des mémoires enfouies. Cette oeuvre est le refus de l'élaboration d'une description formelle de sociétés lointaines et étranges. Elle n'est pas une contruction d'un symbole abstrait, fondée sur l'exploration des outils et dégagée d'un système de références. Elle ne tient pas à immobiliser et priver d'un devenir dynamique des rêves renaissants. Elle est l'élaboration d'une rêverie assise sur des siècles d'espérances, dont elle adopte une silhouette imaginaire.

Le long sommeil, aux formes douces, procède par réaction, par l'effet produit. Il cherche à restaurer et à réconcilier les rapports avec les effacés, entre les absents et les présents, entre les vestiges d'un endroit et la végétation conquérente. c'est une relation sans fards, où l'artifice est un mur vivant, qui respire presque. Nous avons envie de nous assoir à ses côtés et partager avec lui nos heures de silences ou de dialogues. Cette sculpture est une sage articulation entre l'éternité (la mémoire) et le terre (la vie).

Patricia Tolentino.